4. Des « petits mondes »

Un espace très féminin

Durée
9:26
Nombre de piste(s)
11 pistes

La mémoire de l’Hôtel‑Dieu est avant tout féminine. D’abord car une grande part du personnel était composée de femmes. Ensuite parce que « la mater » et « la poly » étaient surtout fréquentées par des femmes. Enfin parce que les enfants qui se rendaient aux services pédiatriques étaient le plus souvent accompagnés de leur mère. Beaucoup des histoires livrées ici sont donc des histoires de femmes, qui témoignent aussi de la condition féminine et de son évolution.

  1. Cassandre, 40 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 1:50

    A la maternité, on était trois dans la chambre et c’est vrai que ça par contre, c’est un peu gênant parce que ça empêchait le moment où on a juste envie d’être avec son enfant. Ça empêchait d’être dans sa bulle, le moment où on vient d’être maman et on a besoin de se retrouver dans une bulle, avec son enfant. Ça du coup, ça manquait un peu. […] A un moment donné, mon fils ainé réclamait beaucoup. Je l’allaitais mais une fois, il devait être 3h du matin et il avait mangé ¾ d’heure avant et je me disais « il a mangé, je l’ai changé », je ne comprenais pas et je commençais à paniquer. Ça devait être le troisième jour, je commençais à me dire que j’étais peut-être une mauvaise mère, que j’avais pas assez l’instinct maternel et que je ne comprenais pas mon enfant. Du coup j’étais un peu en panique, et j’ai appelé sur la sonnette. Et une dame très gentille m’a dit « faut pas vous inquiéter, c’est qu’il a faim. C’est un gros bébé, il a besoin de manger, on va lui amener un complément ». Elle a été vraiment rassurante, et elle a dit qu’il fallait pas paniquer, que c’était normal. Et ça c’est un des dialogues que j’ai gardé en souvenir parce que justement elles étaient à l’écoute. Même sans qu’on dise vraiment… parce que je n’ai pas forcément dit ce que je ressentais avec des mots mais elle l’a senti. Donc ils étaient réceptifs. Elles sentaient dans quel état on était et ce qu’on avait besoin d’entendre. […] A Estaing, être dans une chambre toute seule avec son bébé, c’était plus agréable.

  2. Clothilde, 55 ans, habitante de Saint-Genès-Champanelle

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    J’ai accouché à la polyclinique et à la maternité. A la poly, il y avait des chambres à un et deux lits. Mais c’est surtout qu’il y avait un cabinet de toilette, on était super bien, il y avait tout pour la maman et pour le bébé. Alors qu’à la maternité, il n’y avait rien du tout. En fait à mon troisième accouchement j’ai eu des jumelles, et pour des raisons médicales, au dernier moment je suis allée à la maternité. Donc on m’avait mise dans une chambre seule, mais il n’y avait pas de quoi langer les enfants et un tout petit lavabo, c’est tout. C’était vieux. Bon après… personnellement je m’en fichais des locaux, parce que j’ai été tellement bien entourée à chaque fois par le personnel soignant que j’en ai un bon souvenir. Juste le regret que j’ai eu c’est de ne pas avoir effectivement les commodités dans la chambre pour pouvoir m’occuper de mes filles.

  3. Catherine, 57 ans, habitante d’Aubière

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    Je faisais le ménage dans les chambres et tout ça. C’était en 2009. A la maternité, où je suis restée un an. Après mon contrat s’est fini. J’ai été rappelée fin 2010. J’en ai des bons souvenirs. J’avais du travail, une vie sociale. Et le fait d’apporter quelque chose aux autres. […] C’est très particulier, c’est ambiance hôpital, c’est très féminin. C’est pas évident. Fallait pas trop parler, faire son travail et voilà. Fallait pas trop se mélanger. C’était pas évident. Mais sinon ça s’est bien passé. […] Ça a été rénové à la fin. Moi j’ai accouché à la maternité pour ma fille, j’étais assez jeune. J’avais 18 ans. Et c’est vrai que les femmes étaient pas très sympas avec moi parce qu’elles disaient « ah lala ! Une jeune maman » c’était dur, quand même. C’était les auxiliaires. Elles faisaient des réflexions parce que j’étais jeune. Que j’allais pas bien m’en occuper. Et je m’en suis très bien occupé, je lui ai donnée le sein et tout malgré que j’étais jeune.

  4. Colette, 54 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

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    Ma première petite nièce est née là-bas alors que la maman y allait en visite pour autre chose. Elle accompagnait quelqu'un qui se faisait opérer et puis ben ma fois : contractions ! Et le bébé arrivé ! Elle a même pas eu le temps d’aller à la maternité, elle a accouché sur place.

  5. Zineb, 48 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 0:50

    Moi c’était hors de question que j’accouche à Hôtel‑Dieu. Je suis allée visiter des copines, j’ai dit « moi jamais ». A deux-trois dans une chambre, les douches à l’extérieur… Ah non ! j’ai accouché à Marivaux en 2000. C’était propre, les chambres étaient spacieuses. Mais Hôtel‑Dieu, tu te débrouilles. Si tu veux te laver ou quoi. Ah non. C’était vieux. C’était triste. C’était pas de belles couleurs, c’était fade. Pas de couleur. Et c’est dommage parce que c’était un bel établissement, quand même. C’était les chambres qui étaient abimées, délaissées. Dans mes souvenirs. Les copines étaient fatiguées, elles se reposaient pas avec le monde dans la chambre. J’ai dit à mon mari « je ne peux pas ».

  6. Odile, 65 ans, habitante de Chamalières

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    Mon fils a eu un panaris. Il été opéré à l’Hôtel‑Dieu, il avait 16 mois, en 2005. Il a passé une nuit avec moi sur place. Les souvenirs, c’est la séparation, quand il l’amenait en salle, il pleurait très fort. Il hurlait en tendant les bras. Et je continuais de l’entendre hurler et puis après je ne l’ai plus entendu. Après on y est retourné pour les pansements.

  7. On allait chercher nos payes à ce qu’on appelait « la trésorerie ». C’était un tout petit guichet qui avait été rajouté dans un couloir et là il y avait un monsieur qui venait du trésor public et qui nous donnait un grand bout de papier long comme ça […] très long ! Et on nous donnait notre paye qu’on mettait dans notre poche. On avait une blouse et par dessus un tablier avec une grande poche. Dans les vestiaires, c’était pas sûr, alors il avait été conseillé de mettre sa paye dans sa poche. Voilà. Après il a fallu prendre une banque et amener tous les papiers de la banque à l’administration pour qu’on ait des virements […] Mais c’était aussi le problème homme/femme parce que c’étaient les hommes qui avaient tout l’argent avant, donc ça commençait à poser des problèmes, donc il fallait que les femmes deviennent plus indépendantes et aient leur propre argent […] La loi pour autoriser le carnet de chèque date de 73 ou 74 pour les femmes sans l’accord du mari. En 1960, il fallait l’autorisation du père pour travailler !

  8. Marie-Laure, 45 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

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    Pas très bon souvenir. J’ai accouché en 95. J’ai trouvé que le personnel était assez froid. J’ai accouché à 7 mois et demi. J’ai eu des contractions toute la nuit et j’ai appelé et personne est venu. Et le matin je me suis faite engueuler comme quoi j’aurais dû appeler. J’ai dit « j’ai appelé mais personne est venu ». Elle me croyait pas. Elle m’a dit « c’est trop tard pour la péridurale parce que le travail a commencé ». En plus j’étais toute seule, j’avais personne qui venait. Donc mauvaise expérience, quoi. Mon ami n’avait pas de voiture, on habitait à Riom. J’ai accouchée à Clermont parce que c’était un prématuré. En plus à l’Hôtel‑Dieu, les chambres, c’était vieux et tout. C’était pas agréable, quoi. Pour les autres enfants, j’en ai eu deux autres, ça s’est mieux passé. Ils étaient accueillants.

  9. Karima, 51 ans habitante de Clermont‑Ferrand

    • 1:07

    Pour moi l’Hôtel‑Dieu, c’est la maternité […] Moi je n’avais pas confiance, pour aller prendre ma douche, j’amenais mon bébé à la nurserie. On sait jamais. Parce que dans le temps, il y a eu des vols et tout. On le disait. Ma belle-mère avait accouché là-bas aussi, 7 gamins quand même ! Elle m’avait dit de faire attention. Même la personne à côté de toi on ne sait jamais. Elle peut appeler une copine à elle qui va venir et le prendre. On entendait ça aux informations, franchement on avait peur mais sinon les infirmières étaient très bien, on était très bien accueillies. […] Moi ils m’ont dit d’aller faire un tour avant mon accouchement, je suis allée au jardin Lecoq. Et je suis restée 13 jours. J’ai une copine qui a eu une césarienne la semaine dernière à Estaing, elle est restée 4 jours !! C’est pas normal. Mais l’Hôtel‑Dieu, non. On prenait soin de nous. J’ai quand même eu 13 points. Mais j’ai pas gardé de mauvais souvenirs.