4. Des « petits mondes »

Des moments et des rencontres

Durée
11:01
Nombre de piste(s)
15 pistes

Les « petits mondes » de l’Hôtel‑Dieu, ce sont autant de rencontres : entre professionnels, entre patients, entre professionnels et patients, entre professionnels et visiteurs, entre patients et visiteurs, etc. Les témoins se souviennent tantôt simplement d’un regard ou d’un visage, tantôt de moments partagés, d’un mot réconfortant ou d’une attention, mais aussi parfois d’un mot blessant : tous ces petits moments d’échanges qui fabriquent les souvenirs d’un lieu.

  1. Camille, 34 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 1:00

    Après mon accouchement, avec ma belle-mère, on avait ramené une boite de chocolat et une fleur au personnel de la mater. Elles avaient été étonnées parce que ça se perd vachement. Ils étaient quand même vachement à l’écoute. Parce que j’avais pas fait la préparation à l’accouchement pour mon premier enfant et il y a pas eu de jugement : ils m’ont expliquée et c’est passé comme une lettre à la poste. La deuxième, ils m’ont écoutée. Parce que je pouvais pas accoucher avec les deux pieds dans les étriers. Je leur ai dit « je ne peux pas accoucher comme ça » et ils m’ont dit, « installez vous comme vous voulez, on s’adaptera » et du coup je me suis mis comme je le sentais et comme je pouvais, et nickel. Franchement, ils ont été… même pour le père, il garde des souvenirs bien, quoi.

  2. Avec une amie que je connais depuis le lycée, on est tombées enceintes en même temps. Un jour elle m’appelle un peu en catastrophe parce qu’elle a voulu prendre la température avec un ancien thermomètre au mercure. Et le petit bout est resté dans les fesses. Donc en panique. Je l’ai accompagnée à Hôtel‑Dieu. Et comme j’étais dans la salle d’attente avec mon bébé au service pédiatrie, à chaque fois quelqu’un habillé en habit d’hôpital, me demandait « Oui madame ? Qu’est-ce qui se passe ? ». Et à chaque fois je devais dire « non, j’accompagne une amie, tout va bien ».

  3. Il y a 30 ans au niveau de l’IVG, c’était pas les mêmes techniques où t’avais un psychologue, un médecin. Donc la première infirmière que j’ai vue n’a fait que me culpabiliser. C’est l’horreur de ma vie. Je ne lui dirai jamais merci puisque attaquée par cette connasse […] Après un autre rendez-vous avec le médecin, et là c’est tout l’inverse. Un médecin jeune, extrêmement bienveillant, me disant « vous avez fait ce choix mais vous avez raison parce que ce petit pose des problèmes de cœur » et ça, ça m’a enlevée un poids […] Quand j’ai été enceinte de mon fils,  j’ai du faire une amniocentèse, et là le médecin m’avait touchée le ventre et il m’avait dit « vous savez quelle est la plus belle hormone de croissance ? C’est l’amour. Et dans vos yeux je vois tout l’amour pour ce bébé, ça va bien se passer ». J’ai jamais oublié. Donc pour l’amniocentèse, un personnel extrêmement gentil et bienveillant.

  4. Colette, 54 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 0:58

    L’accueil du personnel n’était pas le même qu’ailleurs. Le personnel était attentif, à l’écoute aux gens par rapport aux besoins. Ils étaient attentifs à la détresse de certains, à l’euphorie d’autres. Ils savaient jongler entre une chambre et l’autre avec des choses complètement différentes qui se passaient et parfois même dans la même chambre entre deux lits. C’était l’attitude du personnel. Je me souviens de visages d’infirmières ou d’aides soignantes complètement différents sur une personne qui était venue se faire opérer de l’appendicite et puis sur quelqu'un de ma famille dont on ne savait pas si il allait ou pas passer la nuit. Et c’est vrai que c’était deux attitudes complètement différentes entre les deux.

  5. Caroline, témoignage écrit sur une carte postale

    • 0:52

    L’année de ses cinq ans, mon petit frère Mathieu s’est cassé le bras. En venant se faire enlever le plâtre à l’Hôtel‑Dieu, l’infirmière qui se chargeait de lui, lui dit : « Si tu ne pleures pas, tu auras un bonbon ». Pas intimidé pour deux sous, mon frère lui répondit « M’en fous, j’aime pas les bonbons, j’aime que le saucisson ». Or, il se trouvait que l’infirmière avait, dans son panier-repas, un peu de saucisson. Et Mathieu, qui n’a pas pleuré, a pu repartir, tout fier, en dégustant sa rondelle de saucisson. Ma mère a toujours eu beaucoup de gratitude envers cette gentille infirmière qui a su comprendre ce petit garçon qui n’aimait pas les bonbons ».

  6. Elisabeth, 71 ans, ancienne sage-femme

    • 0:59

    Le meilleur souvenir… Non… Le plus mauvais, oui. C’est quand j’ai perdu une femme, cela m’est arrivée qu’une fois, malheureusement on en perdait… Je l’avais accouchée plusieurs fois, c’était une grande multipare, et puis elle a saigné, tout le monde a été prévenu, tout le monde était là. On a essayé de la sauver mais on a rien pu… Et alors on avait oublié le berceau avec le bébé dedans, à l’époque, lorsque le bébé allait bien on le mettait dans le berceau… maintenant on les met systématiquement en couveuse, mais pas à cette époque… et là le bébé, on l’avait complètement oublié et quand on a sorti sa mère avec le chariot, pour l’emmener à la morgue, cet enfant s’est mis à pleurer.. Et ça vous voyez, je l’ai toujours dans la tête…

  7. Yolande, 52 ans, ancienne secrétaire de l’Hôtel‑Dieu, habitante de Lempdes

    • 0:23

    Les patients du service des consultations maxillo-faciales, c’est un service très difficile. C’est assez lourd. Si vous n’êtes pas préparée, ça fait un choc. Les infirmières vous préparaient en vous disant comment seront les patients qui vont arriver.

  8. Ma fille Sylvie, âgée de 6 jours en 1971 avait dû être hospitalisée, Pavillon Hacquard de l’Hôtel‑Dieu, pour une coqueluche asphyxiante, elle était si petite et si faible pour subir les assauts de quintes de toux, et de fièvre sans dommage. Elle est restée un mois en soins intensifs dans un petit box. Son petit cœur s’est arrêté plusieurs fois lors des quintes. Moi, jeune maman désespérée. Là, des infirmières, si douces, si gentilles, ont soigné, ont surveillé mon enfant avec un dévouement exemplaire. Mon père connaissait le professeur Menut qui a pris soin de mon enfant avec tout son savoir. On ne m’a jamais cachée l’état critique de Sylvie, mais leurs mots, leur soutien avec des mots simples… Je pouvais les aborder à n’importe quel moment, lorsque je me posais trop de questions ou que je n’allais pas bien. L’aumônier de l’hôpital, lui aussi a pu nous recevoir pour au cas où. Puis Sylvie, avec son envie de vivre et l’amour de tous, a pu vire et quitter l’Hôtel‑Dieu le 26 novembre 1971, guérie. Aujourd’hui elle est mère et même grand-mère. Je n’ai jamais oublié ces moments et les longs couloirs, où j’allais marcher pendant les soins de ma fille. Cela me réconfortait. J’aimais ces lieux si austères, froids et pourtant beaux.

  9. Thierry, 59 ans, habitant de Clermont‑Ferrand

    • 0:22

    Quand je rentrais dans le service où travaillait ma sœur, il y avait toujours quelqu'un, une infirmière pour dire à ma sœur « il y a Thierry qui t’attend ! » Je pense que maintenant, ce serait difficile de le faire.

  10. Josette, ancienne infirmière

    • 0:30

    Un jour nous avions soigné un gendarme qui avait été victime d’une balle qu’on lui avait tiré dans la tête au cours d’un cambriolage. Un gangster lui avait tiré dessus. Et ce monsieur qui était divorcé et remarié, quand il s’est réveillé du coma et bien il ne se rappelait absolument plus de sa deuxième femme, il ne se rappelait plus que de sa première… et bien si vous aviez vu la tête de sa femme…

  11. Un truc qui était super sympa, c’est qu’on avait une dame qui attendait des triplés. Et c’était très rare donc on l’avait hospitalisée pendant longtemps, elle était dans sa chambre, on l’avait gardée alitée et elle avait déjà deux filles. Comme on l’avait suivie pendant la grossesse, elle connaissait tout le monde, comme elle est restée deux mois chez nous. Et tout le monde attendait la naissance de ses triplés avec impatience. Et c’est une dame qui était très grande, et son ventre était plein de partout. Et c’était au tout début où il y avait l’échographie. Au début c’était un appareil énorme, on l’appelait le dinosaure […] On prenait ça sur le ventre de la dame donc on apercevait des choses mais on n’avait pas le détail. Et ses bébés étaient en échelle, en travers, l’un au-dessus de l’autre. Sa césarienne était programmée, alors le matin tout le monde attendait. On voulait savoir : est-ce qu’ils sont nés ? Combien ils pesaient ? Parce qu’il n’y avait pas d’estimation de poids comme il y a maintenant. C’était des crevettes, ils devaient faire 1k4-1k5 mais c’était déjà des beaux bébés comme ils étaient nés avant. Et le mari… parce que à la mater on faisait entrer le mari, on disait une personne mais des fois il y en avait plus qui rentraient et il fallait faire la guerre à chaque fois mais maintenant c’est bien réglementé. Et on avait mis le monsieur, exceptionnellement vers notre bureau, donc il y avait le téléphone. Et ils sortent le premier enfant : fille. Ils sortent le deuxième enfant : fille. Ils sortent le troisième enfant : fille. Le monsieur était dépité. Il était avec ses parents au téléphone : une cinquième fille ! Encore une fille, c’est pas vrai ! Et d’un seul coup le chirurgien s’en va pour mettre la main pour aller chercher le placenta, et bien il y en avait un autre derrière et c’était un garçon. C'est à dire qu’on ne l’a jamais vu ce petit garçon à l’échographie parce que il était sous les trois autres. Même si vous comptiez les pieds ou les mains, c’était pas aussi précis que maintenant.

  12. Carmen, 79 ans, ancienne infirmière

    • 0:35

    Une fois, un patient m’a offert un petit cadre avec une pensée de Diderot à l’intérieur. « Ne fit on que des épingles, il faut être enthousiaste dans son métier pour y exceller ». Vous voyez, j’ai pas de mémoire mais ça, je m’en rappelle encore et je l’ai gardé sur mon bureau. Et ce patient n’avait rien de particulier, il avait dû venir pour… je ne sais pas. Je lui avais rien fait de particulier.