4. Des « petits mondes »

Les figures de l’Hôtel‑Dieu

Durée
6:19
Nombre de piste(s)
12 pistes

L’infirmière, le médecin, la bonne sœur, la sage-femme, le « patron », la surveillante, le gardien, le militaire, le plus énigmatique « Belphégor » : toutes ces figures de l’Hôtel‑Dieu constituaient un « petit monde à part ». Un petit monde qui accueillait et soignait un autre petit monde, avec ses propres figures : le malade, la parturiente, le nouveau-né, le visiteur, le clochard… Mais, comme certains le rappellent, le tableau ne serait pas complet sans les autres fidèles habitants de l’Hôtel‑Dieu : cafards, rats, mouches et autres matous.

  1. Colette, ancienne cadre infirmière puéricultrice

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    A l’époque il n’y avait pas de système d’appel ou autre donc quand on était de nuit il y avait une surveillante de nuit, une Sœur, que les étudiants appelaient Belphégor. Et pour l’appeler on téléphonait à la conciergerie ; le concierge éteignait toutes les lumières des couloirs. Donc la Sœur savait qu’on l’appelait, elle allait à la conciergerie pour s’avoir quel service l’avait appelée.

  2. Au bloc Leriche, on opérait une vésicule et il y a la mouche qui arrive et toc qui se pose sur la vésicule. Là il me dit « Ether !» Alors on met de l’Ether sur la mouche. Après il me dit « Bistouri !! » Une grande flamme, ça a fait ! Une grande flamme ! Alors il a dit « Ohhh on a fait cramer la mère XX » (rires). Je me souviendrais toujours du nom de la patiente. Mais ça n’avait fait bruler que les champs. Elle n’avait rien heureusement… C’est pour ça qu’on faisait la guerre aux mouches, maintenant y’a plus de fenêtre.

  3. Dans la salle des pas perdus, il y avait une dame qui squattait et qui restait là tout le temps, les dix dernières années. Une SDF. Même la nuit, elle restait là, jour et nuit. Elle était tolérée, et quand on passait, elle nous demandait une cigarette. A l’époque on avait le droit de fumer dedans, on lui donnait une cigarette et puis dix minutes après elle nous insultait…elle avait 36 manteaux, des sacs…

  4. Paul, 60 ans, habitant de Clermont‑Ferrand

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    J’ai fais mon service militaire à Aulnat. J’habitais Clermont, j’étais externe, en novembre 76. Un soir je ramène un camarade qui était venu diner à la maison et qui logeait sur la base. En revenant, j’ai eu un accident de voiture assez grave et donc je suis transporté à Montpied et ensuite ils m’ont descendu à l’Hôtel‑Dieu en salle commune […] C’était un peu humiliant, avec très peu d’intimité, je vous passe les détails, avec les bassins… J’avais un trauma crânien, donc ils m’ont gardé peut-être huit jours et après on allait dans une salle spéciale, une espèce de sas dans l’enceinte de l’Hôtel‑Dieu qui était réservée aux militaires, une salle commune où j’étais sous statut militaire. Je pense que c’est pour des histoires de papier entre l’armée et la sécu. Là c’était plus petit et tous les lits n’étaient pas occupés.

  5. Alain, infirmier anesthésiste, et Josette, ancienne infirmière, service anesthésie

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    - Je m’appelle Alain, j’ai trainé un surnom « Le Révérant » depuis mon entrée jusqu’à la fin et même maintenant. J’ai commencé mes études d’infirmier à 35 ans passés. J’ai travaillé (comme infirmier anesthésiste depuis 73) en réanimation et au bloc. J’ai fait les deux […] C’était le docteur Gimbert qui m’avait donné ce surnom. Je pense que c’est parce que j’ai été prof à Courpière qui avait été autrefois un petit séminaire qui avait été tenu par les prêtres il y a très longtemps. Je pense que c’est pour ça.
    - Et toutes tes feuilles de bilans, tu signais pas Gontier tu signais « le Révérant ». A l’Hôtel Dieu on savait qui était Le Révérant !
    - J’ai été opéré à Estaing comme client et en entrant j’ai entendu dire « c’est le Révérant !»

  6. La loge du concierge : c’étaient des personnages très important, ils renseignaient les visiteurs, c’étaient des figures, notamment Mr. Tournadre, qui était jovial, Mr. Chataignier, qui était grand et sec, et qui jouait le rôle du Père Noël, et je me rappelle plus le nom des autres… et dans la loge, il y avait une pointeuse et en face un grand tableau. Et lorsqu’on arrivait on prenait un petit carton et sur ce carton, il était marqué « vous êtes affecté à tel service de telle heure à telle heure »…On pouvait faire 3 services dans la même journée…on ne savait pas d’avance nos weekends, nos horaires…

  7. Carmen, 79 ans, ancienne infirmière

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    Le gardien, il était célèbre. Parce que les hôpitaux à l’époque, ils avaient des vignes, on faisait le vin qui était entreposé à la cave. Tout le monde le connaissait, mais on se connaissait tous à l’époque. Il était strict mais il nous connaissait tous. Strict au point de vue travail, au point de vue tenue et tout mais si il y avait un petit écart ou quelque chose, il savait faire la part des choses. Alors que maintenant…

  8. Mais là c’était très vieux aussi et il y avait les cafards. Dans tout ce corps de bâtiment, il y avait des cafards partout. On les chassait la nuit. J’avais une aide soignante qui était spécialiste des cafards. Elle éteignait tout, et puis elle préparait sa pelle, son balai et elle venait avec une bombe de Flitox et elle allumait la lumière et pchhhit. Elle les ramassait à la pelle. On en ramenait dans les sacs parce qu’ils tombaient. C’était des cafards noirs. Mais là-bas dans les autres services c’étaient des cafards jaunes. Il y en avait partout dans les services de pédiatrie, avec le lait. Et les malades avaient toujours quelque chose sur leur table de nuit, il y avait des cafards partout. Il a fallut beaucoup plus tard, tout dératiser pour qu’on s’en débarrasse [dans les années 60]. J’ai bu un café avec un cafard, moi. J’ai pas osé… C’était en URL, un service qui était sale, pourri. Mais la brave dame, elle était gentille. Comme on courrait partout, elle nous faisait le café. J’ai jamais autant bu de café de ma vie. J’en bois plus, d’ailleurs. Et un cafard était tombé dans… elle avait fait ça à la turc, il n’ya avait pas de cafetière électrique. Donc je me suis dit « il est stérilisé, il a bouilli le cafard ! » J’ai bu le café. Je lui ai dit mais… C’était des braves aides-soignantes qui finissaient leur carrière de nuit, elle allait pas se formaliser pour un cafard […] Les murs sont très épais, et pour se débarrasser des cafards… et les rats parce que dans la cour au tout début il y avait le linge, il y avait des trucs qui était au milieu de la cour là-bas. Et puis il y avait la morgue.