2. Des symboles et de l’affect

Souvenirs et émotions

Durée
6:55
Nombre de piste(s)
8 pistes

Beaucoup d’habitants évoquent des images très précises, des petits riens ou des tournants de vie qui font naître quelques larmes ou un éclat de rire. Pour certains, c’est la naissance des enfants et la nostalgie des années passées, pour d’autres la maladie qu’ils ont dû affronter, ou la perte d’un proche. Tous gardent en tête la qualité des soins et la gentillesse du personnel.

  1. Cassandre, 40 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 0:19

    C’est un lieu auquel je suis attachée parce que c’est là que je suis devenue maman. Donc c’est un lieu familier, où il s’est passé quelque chose d’important dans ma vie.

  2. Jean-Louis, 68 ans habitant de Durtol

    • 1:37

    C’était en 2010. Mon petit fils est né là-bas. Quand on a pu le voir, il est passé dans une couveuse avec une pyramide sur l’estomac et il est resté huit mois avec différentes opérations pour pouvoir remettre ses intestins en place. Ça a été très dur, parce que bon… on le voyait derrière une vitre avec des tuyaux de partout et on se demandait si ça allait… et puis finalement, ils ont fait du super travail et il est en bonne santé. Maintenant il a 12 ans et il court partout. Et c’est un terrible. Voila. Donc c’est un souvenir bon et mauvais, quoi. On y allait pratiquement tous les jours. C’était... pff... Comment vous dire ? Les bâtiments de la maternité n’étaient pas tops, si on peut dire. Mais par contre en chirurgie, c’était vraiment bien. Même le personnel était extra. On y était pratiquement tous les jours et les infirmières nous ont soutenus. Surtout quand on allait le voir dans la pouponnière où il y en avait des dizaines qui étaient un peu comme lui, avec différentes… mais bon. C’est un souvenir, maintenant. Ils étaient toujours là pour remonter le moral, pour la maman, et le petit pareil, était bien soigné et plus ou moins cocooné comme tous, d’ailleurs, à la pouponnière. C’est difficile. C’est difficile d’y passer. […] Quand je me remémore, c’est une mauvaise période. Quand vous voyez un petit bout’ chou comme ça avec les fils. Voila. J’en ai vu verser des larmes, là-bas.

  3. Chaque fois qu’on passe devant, on se dit « tiens, on a vécu quelque chose ici ». Je suis née là-bas et les enfants sont nés là-bas.

  4. Thierry, 59 ans, habitant de Clermont‑Ferrand

    • 1:12

    Le service où j’étais enfant, j’avais trois ans - trois ans et demi. Et de façon très étrange, j’ai des souvenirs du lit qui était à barreaux jaunes et de la porte qui était jaune avec du verre dépoli au-dessus. Des plaques en métal et la peinture était écaillée. Et quand j’en parle chez moi, ils me disent « on ne te l’a jamais raconté mais c’était bien ça ». Je me revois debout dans un lit en pleurant parce que mes parents avaient un droit de visite restreint et je revois cette porte. Donc on ne peut qu’être attaché à l’Hôtel‑Dieu quand on a de tels souvenirs. Vous voyez, là j’ai une veine très apparentes parce que c’est là qu’on me mettait les perfusons intracrâniennes. Et elles ont changé ma veine. […]Et les sons, c’était très bruyant parce que j’entendais les infirmières. J’entendais parler mes parents derrières les portes et les infirmières. Mes parents n’avaient pas le droit de venir me voir mais moi je les entendais qui parlaient dans le couloir. Je savais qu’ils étaient là et qu’ils ne venaient pas. C’est dur pour un enfant. Actuellement ça ne se ferait plus. L’hôpital : non seulement l’enfant était malade, mais en plus il était puni !

  5. Claude et Martine, habitants de Clermont‑Ferrand

    • 0:22

    Les enfants (nés en 2003) savent qu’ils sont nés à l’Hôtel‑Dieu, on leur montre comme la première maison, la première école… parce que c’est des événements marquants pour nous et pour eux aussi du coup et puis c’est leur histoire !

  6. Martine, 66 ans, sage-femme

    • 2:06

    L’Hôtel‑Dieu, c’est ma vie. Ça va me faire pleurer ! C’est ma vie. D’une part j’habite à côté et en plus j’y travaillais tout le temps. Je ne dis pas que c’était boulot-dodo mais c’est un peu comme tout le monde. Mon boulot était là, j’étais là, le centre-ville, l’Hôtel‑Dieu… pour moi ça fait partie de ma vie. Pour moi c’est synonyme de famille, de vie, de passer le flambeau aussi parce que les naissances c’est ça. Ça passe le flambeau. Surtout comme moi qui ai travaillé longtemps, j’ai accouché une dame que j’avais mise au monde. C’est la famille. Mais c’est aussi je pense le mélange de toutes générations et de toutes corporations. Nous à l’époque il y avait beaucoup d’étrangers, il y avait les Turcs, les Arabes, il y avait la barrière de la langue et ça accouchait beaucoup. C’était des familles de 7-8 enfants. Donc on les revoyait souvent. Et je ne parle pas des Gitans, les gens de la route et qui sont là avec leur façon de faire et tout et qu’on est obligés de s’adapter à leur façon de vivre […] Les Gitans c’est spécial, ils arrivent tous ensemble et il faut qu’on s’occupe d’eux tout de suite et puis ils ont l’impression qu’il faut qu’on fasse bien, qu’il faut être disponibles pour eux, ils vous posent 36 fois la même question et puis ils vous prennent la main, ils vous disent je vais te lire la ligne de la main… je vais te dire si tu es heureuse ou pas…. Donc on passe par tout ça, on découvre tout ça. […] Moi c’est l’image de ces petits et de ces femmes et de leur plaisir, de leur… comment dire ? De leur émerveillement à chaque fois que vous récupériez ces petits et que vous leur donniez. C’était prodigieux. Et puis il y a eu également de la détresse aussi. Pas souvent. Mais il y a eu aussi de la détresse. Donc on était confrontés à ça continuellement. Il y a aussi des malheurs mais ça fait partie comme je vous dis de la famille, de la vie et tout.

  7. Patricia, 64 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 0:59

    Mon fils a été hospitalisé en 89. Il avait 8 ans. On était sur Cébazat, il a été renversé sur le passage piéton alors qu’on traversait tous ensemble, la voiture ne l’a pas vu. Alors on l’a amené à L’Hôtel‑Dieu parce qu’il a fait un traumatisme crânien. C’est le seul souvenir que j’ai. Je me vois arriver avec les pompiers, beaucoup de monde. Et pendant trois jours, j’ai vécu dans une chambre. C’est tout ce que je peux vous dire. Cette chambre. Le personnel était très sympathique mais le lieu, non. Mais c’est lié à l’angoisse que j’avais. J’ai trouvé ça sombre. Mais quand je suis arrivée en Auvergne j’ai trouvé ça sombre. Cette pierre. On vient des Hautes Alpes. Mais j’adore l’Auvergne !