5. Les coulisses : l’hôpital raconté par les professionnels

Le rire pour supporter le pire

Durée
3:24
Nombre de piste(s)
6 pistes

Pour rendre supportable un quotidien éprouvant rythmé par la maladie, la douleur et la mort, les professionnels de santé ont recours à l’humour et à la fête. Ces moments, parfois carrément subversifs, suspendent le temps et transforment l’espace. Les murs, les greniers, la fontaine et même la statue de la cour ont été témoins de rires, détournements et débordements festifs dont voici ici un aperçu…

  1. La cour d’honneur et sa fontaine qui en a vu de toute les couleurs, elle était bleu, je parle de l’eau, rouge avec du mercurochrome, mais c’était quand les internes faisaient la fête. Les fêtes de l’internat il y a 40 ans c’étaient autre chose que maintenant….c’étaient orgiaque….on faisait n’importe quoi…On volait le dromadaire du zoo du Puy de Dôme et ils l’avaient descendu à l’internat…ils étaient venu avec des chèvres….c’étaient bon enfant.

  2. Les Catherinettes, on venait au self ou ça s’est terminé dans les greniers. On amenait à boire et à manger, on faisait la fête. On invitait les internes, on disait « y a une urgence » ils venaient. L’aumônier aussi était de toutes nos fêtes, à l’époque.

  3. Carmen, 79 ans, ancienne infirmière

    • 0:37

    Les internes faisaient leur petit truc. D’ailleurs, ils faisaient dans la cour là-bas et les malades ne pouvaient pas dormir de la nuit. Une nuit, ils avaient brûlé tous les panneaux des médecins, en bois. Un malade sonne et dit « venez vite, il y a le feu ». Ça avait bardé ! Ils faisaient beaucoup la fête, eux. De mon temps ; ils venaient auprès des infirmières dans les services, apprendre à faire les piqures. Mais ça n’a pas duré longtemps.

  4. Carmen, 79 ans, ancienne infirmière

    • 0:16

    On n'avait pas d'eau non plus d'ailleurs, à l'étage, on courait dans le couloir avec deux sauts d'eau en criant : « Attention, voilà l'eau courante! »

  5. Carmen, 79 ans, ancienne infirmière

    • 1:30

    Une fois, un malade décède. Et on les habillait, avec les bonnes sœurs. On était en train d’habiller ce monsieur et il y avait la famille. Et je ne sais pas pourquoi, on a pris un fou rire parce qu’on ne savait pas faire le nœud de cravate. C’est tout bête. Et quand on sait qu’il ne faut pas rire, c’est pire. On a eu un mal fou à pouvoir ressortir et être compatissants avec la famille. Ça a été terrible. Et une autre fois, c’était une clocharde. Là pareil, on a pris un fou rire monumental. Elle était complètement déshydratée, desséchée. Elle était froide bien avant de mourir mais elle ne mourrait pas. […] La relève arrive, on dit « on va aller voir » et elle était décédée enfin. On se dit « on se dépêche, on va la préparer ». On enlève l’oreiller, le deuxième oreiller. Elle restait assise. Et bien sûr on a pris un fou rire parce qu’on appuyait sur les jambes, elle s’asseyait, on appuyait en haut… et on a pris un fou rire monumental. Et quand on est sorties il y avait un vent terrible et on a dit « et bien avec le vent qu’il fait elle doit être là-haut ». Et elle nous avait dit « je vous ferai une gâterie avant de m’en aller ». Ben j’ai dit « elle nous a fait la gâterie ». On avait bien bossé toute la nuit, on était fatiguées, et des fois on prend des fous rires.