3. Un espace qui sollicite l’imaginaire

L’Hôtel‑Dieu, vintage mais innovant

Durée
13:57
Nombre de piste(s)
16 pistes

L’Hôtel‑Dieu avait un côté vintage, pour ne pas dire vieillot voire « très, très vieux ». De nombreux témoignages évoquent les salles communes partagées par des paravents, les longs couloirs labyrinthiques, le sol en damier noir et blanc : un décor « de film d’horreur » peu compatible avec l’idée que l’on se faisait d’un hôpital moderne. Et pourtant, l’Hôtel‑Dieu a aussi été à la pointe de la modernité, par exemple grâce au Professeur Bruat, inventeur de la chirurgie endoscopique qui figure parmi les plus grandes avancées médicales.

  1. Pierre, 45 ans, habitant de Riom

    • 1:50

    C’est une impression de film horreur. Avec un côté un peu angoissant, depuis que c’est vide. Comme dans certains lieux d’épouvante avec des vieux hôpitaux où il se passe des choses abominables […] Quand on rentre, c’était sous les arches, c’était étrange d’avoir un grand arche et après des petits trucs un peu labyrinthes et puis ce grand couloir vouté. C’est ce souvenir-là, de rentrer dans un endroit un peu étrange, chargé d’histoire […] J’ai des images de couloirs, d’arches, de statues. Des choses comme ça. Avant le côté hôpital. Parce que quand tu visites des endroits plus modernes, d’entrée de jeu… avec ces bâtiments abominables, moches, d’entrée de jeu tu sais que t’es dans un hôpital. Après quand tu rentres à l’Hôtel‑Dieu, c’est comme si il fallait passer par tout un tas de déambulations avant de réaliser « ah oui c’est vrai qu’on est allé voir la tante Bidule ». Et du coup, même si ce n’est pas lié à des bons souvenirs, c’est moins stressant ou chiant que quand tu vas dans un hôpital plus moderne. J’ai souvenir de labyrinthes pour trouver les services. Après c’est des grands couloirs. Des souvenirs de déambulations mais pratiquement aucun souvenir de temps de visite. Mais des souvenirs de ces couloirs, de ces ascenseurs, d’essayer de comprendre, de ces escaliers qu’on descend, et puis… je ne suis pas dans le bon étage. Des espèces de déambulations un peu comiques parce que…  un côté Tex Avery. Qui dédramatise le fait, je pense, d’aller faire un examen pénible ou d’aller visiter quelqu'un de malade ou hospitalisé.

  2. Josette, ancienne infirmière

    • 1:09

    Il faut que je vous raconte une anecdote. Ici c’était une salle de réveil pour la pédiatrie, car la pédiatrie était dehors, et un jour sous la présidence de Chirac, Madame Chirac est venue… et les enfants étaient encore à l’époque dans un bloc qui s’appelait Gosselin. Les enfants étaient opérés ici, il fallait donc que les enfants sortent du Pavillon Gosselin, qu’ils soient transportés, brancardés, passés par un petit passage et qu’ils arrivent ici… Et un jour Madame Chirac arrive, elle demande à voir le circuit des enfants. C’était un jeudi ou un vendredi, et il pleuvait des cordes, et elle assiste au transfert d’un enfant, sous la pluie évidemment, et elle a trouvé cela scandaleux que l’on sorte et qu’on ramène les enfants opérés sous la pluie. Alors elle a posé le poing sur la table et elle a laissé un mot au surveillant. Il fallait que le lundi tout soit transféré ici à Billard et le bloc aménagé pour la pédiatrie. Et bien ça a été fait en un week-end. Incroyable. Comme quoi la Bernadette, elle a dit ce qu’il fallait !

  3. Cassandre, 40 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 0:43

    J’ai accouché de mon fils ainé qui a 10 ans à l’Hôtel‑Dieu. Au niveau des murs, c’est vrai que c’était un vieux bâtiment qui avait besoin d’être rénové. Après j’ai pas forcément focalisé dessus parce que au niveau de l’équipe du personnel, ils étaient vraiment bien. C’était plutôt les lumières, les néons, les choses comme ça qui faisaient que ça manquait un peu de... C’est un peu comme quand on est dans une vieille maison où c’est les gens qui vont faire que c’est accueillant ou pas. Mais comme ça, juste les murs et la lumière, on n’a pas trop envie d’y rester.

  4. Evelyne, 63 ans, habitante de Cournon d’Auvergne

    • 1:18

    J’ai passé une nuit à l’Hôtel‑Dieu en 94. J’y suis allée pour les dents de sagesse de mon fils. J’ai dormi là-bas. Je me souviens des vieilles fenêtres, c’était bruyant. J’ai pas bien dormi. Avec les bruits dans le boulevard. La partie boisée, le carrelage noir et blanc par terre : ça marque parce que c’est vieillot. Quand vous arrivez de la région parisienne où mon fils avait aussi été suivi en stomato pour les dents à Robert Debré qui venait de se construire, qui était tout neuf… Et là, on se demandait un petit peu à quelle sauce on allait être mangés ! Quand on quitte un hôpital récent et parisien, très grand, avec des techniques de pointe et qu’on arrive à l’Hôtel‑Dieu de Clermont‑Ferrand, tout vieux, avec ces grandes fenêtres… On se demande comment seront les soins. C’est pour ça que je suis restée coucher la nuit avec lui parce qu’il restait trois jours et la première nuit je l’ai passée avec lui parce que il ne voulait pas rester tout seul. Il avait treize ans. Mais bon ça s’est bien passé. C’était vieillot.

  5. Thérèse, 79 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 0:40

    J’avais 3 ans et demi en 1943 dans un village d’Auvergne à Riom, j’avais la poliomyélite et j’étais la seule du village, c’était la grande épidémie de 43. On m’avait transportée à l’Hôtel Dieu où les salles étaient immenses et en plus il y avait une salle pour les femmes et les petites filles et de l’autre côté il y avait les hommes, et il y avait un petit garçon qu’on avait mis avec les hommes, le pauvre… C’était vieux, il n’y avait pas de rideaux entre les lits, hein ! C’était des grandes salles communes.

  6. Nicole, 65 ans, habitante de Clermont‑Ferrand

    • 1:08

    Je me souviens lorsque ma mère, ma sœur et moi, alors enfants, nous allions rendre visite à la Sœur Geneviève, religieuse de Saint-Vincent de Paul, qui logeait avec les autres Sœurs à l'Hôtel‑Dieu. Elle était du même village que ma mère. Nous y allions presque tous les dimanches après-midi. Cela a duré de nombreuses années. Le souvenir que j'ai et qui me restera c'est le sol en carrelage à damiers noirs et blancs dans le grand couloir du rez-de-chaussée, il était à chaque fois un jeu pour ma sœur et moi. Elle prenait les blancs et moi les noirs, ou inversement, et nous sautions d'un carreau à l'autre en respectant bien entendu la couleur choisie, et faisions tous nos efforts pour ne pas déborder sur l'autre couleur. Je me souviens de grands carreaux, il fallait faire de grands pas et il n'était pas toujours facile d'arriver au bout sans empiéter sur l'autre couleur. Bien-sûr il y avait toujours une perdante, voire deux !

  7. Odile, 65 ans, habitante de Chamalières

    • 0:34

    Je me souviens que pour l’hospitalisation de mon fils, on le prenait dans les bras et on suivait les flèches. On se disait on arrivera jamais à trouver mais si, si ! On a trouvé ! Il était seul dans sa chambre, le couloir était très coloré. Il y avait des peintures, des dessins. Des enfants qui pleuraient. Pas beaucoup, d’ailleurs. […] Avec une ambiance de nuit très calme.

  8. Elisabeth, 71 ans, ancienne sage-femme

    • 0:51

    La maternité, c’est le Professeur Bruat en 75, pour les IVG. Le chef de service de la maternité ne voulait pas faire les IVG. Il était contre. Et comme on ne pouvait pas les obliger, et bien le professeur Bruat ne voulait pas être l’avorteur de Clermont. Il a dit « je veux quelque lits d’obstétrique quand même ». Il avait raison. Et alors il a obtenu ça et il avait des lits de maternité et un service de gynécologie. Et il a eu tout le service de la poly. Au début on ne faisait pas les ivg puis après on les a fait…Et puis il y a eu quelque chose de formidable avec le docteur Maillot. Il était un anesthésiste remarquable et on a fait les premières exsanguino-transfusions. On changeait le sang du nouveau-né : ça aussi c’était quelque chose…

  9. Christine, 64 ans, habitante de Lempdes

    • 0:54

    Mes parents ont vécu la dernière guerre mondiale. Pendant les alertes, les Clermontois allaient se réfugier dans les caves de l’Hôtel‑Dieu. Et donc c’était leur point de rencontre. Eux ils étaient ravis quand il y avait des alertes, parce que comme ça ils pouvaient se rencontrer. Ils avaient 16 ans. Ils se connaissaient déjà mais ça leur faisait l’occasion, quand il y avait des alertes, ils se retrouvaient pour faire leur histoire, quoi ! […] j’ai visité les caves de l’Hôtel‑Dieu pendant les journées du patrimoine. Dans les caves, il y avait beaucoup de vin. Les malades avaient de quoi boire !! Et au milieu de la cour, on voit comme un grand puits mais en fait c’était pour faire passer ces tonneaux. Ces tonneaux étaient roulés sur des caniveaux et ensuite c’étaient des encoches pour pouvoir placer tous ces tonneaux.

  10. Mon frère a été figurant sur le film Sept morts sur ordonnance qui a été tourné à l’Hôtel‑Dieu. Avec Depardieu, ils ont été pris en train de marcher. Mon frère est médecin, il a fait ses études ici. […] Alors mon frère s’était retrouvé… parce que il y avait Jacques Christina qui est un joueur de l’ASM qui faisait médecine en même temps que lui, ils étaient ensemble, et Depardieu est de Châteauroux et nous on est du Berry […] Et du temps où mon frère faisait du rugby, comme Depardieu faisait du rugby, ils ont joué l’un contre l’autre. Lui était dans l’équipe de Châteauroux. Alors quand il l’a vu là, à l’époque c’était pas la star que c’est maintenant, enfin pas aussi connu mais il démarrait quand même bien, il lui a dit « eh ! Je suis de Saint-Florent, on a joué ensemble ! » Alors l’autre dit « ouais ! Ouais ! » Alors à un moment donné il avait un truc à faire dans ce fameux grand couloir où il y a tous les noms, à un moment donné on le voit il est en blouse, il y a Christina d’un côté et mon frère de l’autre. Il a dit « tiens j’ai besoin de deux médecins à côté », il leur a dit « tu marches avec moi, on va faire un clin d’œil sur le Berry ». C’est sympa. C’est tout. C’est l’anecdote. […] Il y en a eu plein d’autres qu’on reconnaît, ils sont chapeautés et tout mais quand on les connaît, on reconnaît les yeux.

  11. Marie-Christine, 65 ans, ancienne infirmière, habitante d’Aubière

    • 1:27

    On a connu l’Hôpital Général, avec les services de plus de 100 malades. C’est impressionnant. Des mouroirs, quoi. A l’époque il y avait beaucoup moins de maisons de retraite donc c’est les gens qui n’avaient pas la possibilité de rester chez eux ou de partir dans ces maisons pour des questions d’argent. Et sur 102 malades il y en avait quoi ? Peut-être deux qui avaient réellement toute leur tête. Les autres, c’était la sénilité, ce qu’on dirait maintenant Alzheimer. C’était des salles communes. Il y avait des salles de 80 lits. Il y avait des lits face à face. Quand on passait, je me souviens d’une grand-mère qui criait, on aurait dit un corbeau. Vous aviez de tout. Il y en avait qui stockaient les gâteries que les gens amenaient. Donc ils disaient qu’il ne fallait pas faire leur lit parce que toutes les friandises étaient là où on mettait le bassin. Enfin bon. Nous on a été à cheval sur l’époque où il y avait pas les plateaux techniques, il y avait déjà un manque de personnel. Mais bon. Il y avait une humanité hospitalière. Et puis après il y a eu les plateaux techniques, les personnels, les médecins et c’est à nouveau la dégringolade pour autre chose parce que il manque des personnels et puis on ferme des services. Maintenant, j’aimerais pas exercer.

  12. Pour la petite anecdote, la première fois que je suis allé voir mon père après un infarctus, dans le hall d’entrée du service Saint-Vincent, à l’époque c’était des très vieux services. L’hôpital n’avait pas été refait du tout, donc c’était très ancien, très vétuste. Et à l’entrée, il y avait de la taille de cette table une immense flaque de sang parce qu’ils avaient tombé un charriot pour des transfusions, et ils n’avaient pas eu le temps de nettoyer. Donc on entrait dans le service de cardiologie (rires) avec une flaque de sang à l’entrée !!! […] J’ai connu un service, c’était la gastroentérologie. A l’époque c’était des paravents avec des rideaux que l’on tirait. C’était effrayant. Avec des pathologies très lourdes. Et jusqu’à ce qu’ils construisent le nouveau bâtiment le long du jardin Lecoq.

  13. Tous les enfants de Clermont étaient convoqués pour être vaccinés. Par quartier ou je ne sais pas. C’était à l’Hôtel‑Dieu, au centre Emile Roux. Quand on est petit, ça faisait immense, il y avait une grande salle, avec peut-être 50 enfants. Et alors tous, les mamans nous déshabillaient. On était à l’époque avec les petits T-shirt, les maillots Petit Bateau. Et donc quand on nous appelait, fallait y aller. Ils nous appelaient par dizaines, puis on arrivait vers le docteur, il faisait les piqures en enfilade. C’était… On avait 6 ans par là. C’était la DT polio. Comme on avait un peu mal, on penchait ! On repartait en penchant !