1. Un hôpital hospitalier

L’accueil et le soin pour tous

Durée
10:45
Nombre de piste(s)
13 pistes

L’Hôtel‑Dieu représentait « l’hôpital par excellence » pour la plupart des Clermontois. Fidèle à l’étymologie latine du terme (hospitalis), il incarnait l’idée même d’accueil : une maison hospitalière et bienveillante pour tous, quelle que soit leur appartenance sociale et culturelle. L’Hôtel‑Dieu, c’était à la fois le service public de qualité et le lieu qui avait vu naître nombre d’entre eux.

  1. Thierry, habitant de Clermont‑Ferrand, 59 ans

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    A l’époque c’était l’Hôtel‑Dieu, portes ouvertes. Je pense que s’il existait encore, on pourrait voir des gens qui cherchaient de la chaleur, de la lumière.

  2. Ce qui en est resté de ce lieu c’est que c’était un lieu ouvert. Il y avait les urgences pédiatriques, l’école dentaire. Et je trouve que c’est un lieu où on pouvait rentrer. Et jusqu’au dernier moment, l’école dentaire est restée toute seule avec tous les barbelés autour, c’est hallucinant la fin de ce lieu, et c’est tellement bien qu’ils en fassent quelque chose, et public. Parce que c’était le lieu du peuple, du centre-ville.

  3. En allant à l’école, mon fils qui avait 12-13 ans, a été renversé par une voiture. Il rentre à midi et il dit « faut que je me dépêche parce que je vais être en retard à l’école ». Alors hop il se précipite, arrivé au feu, hop ! Patatras ! Couché sur le capot d’une voiture. Moi je faisais un boulot à la maison que j’ai interrompu et on est allés aux urgences à l’Hôtel‑Dieu. Et puis voilà. Là il a fait une radio, ils l’ont gardé en observation. C’était bien. On a été accueillis normalement. […] L’Hôtel‑Dieu, je retiens que c’était un service pédiatrique, voila. C’est tout. Alors évidemment c’était ancien. Est-ce que c’était vétuste ? Je ne sais pas juger. Nous quand on en a eu besoin, on a eu le service dont on a eu besoin. On a eu tout ce qu’on pouvait attendre

  4. Et puis j’ai connu le service qui s’occupait des maladies du sang et du VIH. Pour avoir accompagné quelque qui avait eu la très bonne idée d’attraper une mononucléose à 55 ans ! La maladie du baiser adolescent à 55 ans !! Et en fait je l’avais accompagné et j’avais été très impressionné parce que là c’était entre 95 et 2000, je me rappelle un soir y être allé, il y avait beaucoup d’hommes, en fait, et à l’époque les trithérapies n’existaient pas comme maintenant… Les chances de guérison du sida étaient moindres et il y avait des gens très, très malades. Et j’ai vu des médecins épatants, souvent les jeunes étaient épatants. Je n’ai pas vu les chambres parce que mon ami, on lui prenait du sang et on lui disait vous revenez dans deux mois.

  5. Camille, habitante de Clermont‑Ferrand, 34 ans

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    J’ai accouché en 2005 et 2007 de mes deux filles à la mater. Je ne suis pas allée à la poly. J’ai choisi le public. Je ne veux pas payer pour accoucher : donc c’était le public. Et puis quand même à l’Hôtel‑Dieu, il y avait le service prémat juste à côté, donc si il arrive quoi que ce soit, la mère est quand même juste à côté. Donc dans ma tête c’était le public, et si il y avait urgence, j’étais à côté

  6. François, 60 ans, habitant de Saint-Genès-Champanelle

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    J’ai eu deux garçons, 24 ans et 22 ans aujourd’hui. C’était à la maternité. L’accueil, toujours génial. Mais après dans ces circonstances-là, on regarde plus la maman et le bébé que le bâtiment. Je l’ai regardé après, le bâtiment, parce que je travaille dans le bâtiment, justement.

  7. Je suis arrivée à Clermont en 2004 et j’ai cherché un endroit où accoucher. Et venant de Lyon où tout de suite, il fallait s’inscrire très, très tôt si on voulait avoir une place quelque part… Quand j’ai appelé L’Hôtel‑Dieu, on m’a dit « pas de problème » et déjà j’ai trouvé ça génial. J’étais ravie. Et mes premiers souvenirs, c’est un super accueil. Des locaux certes qui étaient un peu vieux, mais moi venant de Lyon, il y a pas mal d’hôpitaux qui ne sont pas neufs […] Et concernant l’accueil, je me souviens très bien des aides soignantes la nuit qui étaient vraiment adorables. J’en ai donc un super souvenir. C’était vieux, mais c’était propre. Et moi le plus important c’était le relationnel et j’ai trouvé toute l’équipe super et j’ai un souvenir ému de la nuit qui est un moment particulier. Je revois un monsieur qui était aide-soignant, très gentil, très rassurant. Quand on est jeune et qu’on accouche, c’est bien d’avoir des gens très bienveillants. Donc j’en ai un très, très bon souvenir. […] Comme c’était par césarienne, j’avais eu la chance d’avoir une chambre individuelle. Il fallait sortir pour les douches, à quelques mètres. Mais ça ne m’a pas gênée du tout parce que l’essentiel c’était que je savais que le bébé serait en sécurité là. Que c’était un bon hôpital en termes de qualité de soins.

  8. Franck, 55 ans, habitant de Clermont‑Ferrand

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    Je suis né là-bas. Et mon grand-père est mort là-bas. C’est un grand hôpital avec la déco d’époque. Mes enfants sont nés à la Chataigneraie et tout le monde nous disait « oui mais pourquoi elle n’accouche pas à L’Hôtel‑Dieu ? Parce que si il y a un problème il y a le service pour les enfants à côté ». Donc c’était équipé. […] L’Hôtel‑Dieu, c’est là où je suis né. C’est là où les Clermontois sont nés. C’était l’hôpital par excellence. La maternité par excellence. Enfin bon la maternité, c’était pas des chambres individuelles, hein. C’était pas grand. On n’enlevait pas les petiots le soir pour vous reposer. Tout le monde était mélangé. Il y en a que ça dérangeait pas mais y en a que ça dérangeait. Qui étaient avec des gens du voyage ou… c’était l’hôpital public. Et puis tous les services pour soigner les enfants.

  9. Pierre, 32 ans, habitant de Saint-Genès-Champanelle

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    Je travaillais à l’accueil de jour de Clermont‑Ferrand et un certain nombre de SDF se réfugiaient la nuit, notamment en période hivernale, à l’intérieur des locaux de l’Hôtel‑Dieu. Pour y dormir mais aussi parce qu’il y avait des distributeurs de boissons, et notamment de soupes. Et du coup, ils allaient squatter la nuit les locaux de l’Hôtel‑Dieu. […] Il devait y avoir une tolérance, certainement. Je crois qu’ils avaient un service avec les gens de la rue, qui les soignaient notamment au niveau des hépatites.

  10. Clothilde, 55 ans, habitante de Saint-Genès-Champanelle

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    J’y suis allée avec un de mes enfants pour lui faire enlever un plâtre. […] Les images de l’Hôtel‑Dieu c’est un hôpital, la base de l’hôpital pour tout le monde. Ça s’appelait Hôtel‑Dieu, ils accueillaient tout le monde. Hôtel‑Dieu, c’est à Clermont, en centre-ville, voila. Les premiers Hôtel‑Dieu, ça servait de refuge pour les indigents, les gens qui ne pouvaient pas se soigner, etc. C’était un lieu d’accueil, également. Je pense, hein. Évidemment, ça fait bien longtemps, mais l’Hôtel‑Dieu, c’est ce que ça m’évoque.

  11. On avait débarqué à l’Hôtel‑Dieu en urgence pour la naissance de mon fils aîné, prématuré. Ma femme a eu une césarienne, j’ai vu passer mon fils dans un caisson, après il est resté en réa nat. pendant trois semaines, je crois, avec des fils branchés de partout. J’y allais le matin. Mais du coup on s’était dit « heureusement qu’on n’est pas allés à la Chataigneraie », parce que de toutes façons ils nous auraient amenés à l’Hôtel‑Dieu. C’était la poly. Mais ça assurait. Après on avait rigolé parce que c’était hyper vieux. A un moment, on était dans une espèce de sous-sol, à moitié enterré, avec des petites fenêtres en haut, t’es dans une cave, quoi. Et je dis « on dirait qu’on est en RDA ! », et là il y a un médecin qui arrive, et c’était des étudiants étrangers, quoi. « Vous prendre médicament avec yogourt ! ». J’dis « ben ouais. On y est ! ». C’était rigolo. C’est aussi les étudiants étrangers, l’hôpital public, tu voyais bien ça. Et j’étais rassuré. Les médecins faisaient sérieux. Moi je flippais comme un malade. Ils me disaient « il va peut-être mourir », ils ne me racontaient pas de salade. […] Avec les peintures qui se décollaient ! En même temps, c’était sécure, mais…ça faisait vraiment vieillot, quoi. […]Pour le deuxième on était à la maternité dans une chambre normale, à deux lits, avec le gamin qui pleurait à côté. Enfin normal, quoi ! Typique ! C’était vieux mais pas crado. Mais partout, les couloirs, les chambres. Et le dernier est né à Estaing et là c’était l’Hôtel 4 étoiles, à côté. Avec la douche à l’intérieur de la piaule, toute seule. Nous, on voulait pas partir, on était super bien.

  12. Thierry, habitant de Clermont‑Ferrand, 59 ans

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    Si on prend l’Hôtel‑Dieu par rapport à certains hôpitaux actuels, il portait bien son nom. Etymologiquement, c’était la maison dans laquelle tout le monde arrivait, tout le monde était accueilli. Malgré toute la vétusté, il y avait une bienveillance, une chaleur humaine qu’on ne retrouve plus dans les grands hôpitaux actuels où ils sont beaucoup plus techniques, où on est peut-être mieux soignés mais où les gens ne retrouvent pas ce contact. Cette bienveillance était attachée à une époque. Une époque où la médecine n’avait pas cette pression. Actuellement, il y a une obligation de résultats, qui fait que les médecins se protègent. Donc l’Hôtel‑Dieu, c’est une époque. Il n’aurait plus sa place actuellement. Mais passer d’un hôpital à un service public ouvert à tout le monde avec la médiathèque, c’est important.